Biarritz: Marcus Miller libéré surfe sur des vagues soul funk

12 Apr 2018 #

Fini le pressing intérieur dun nouvel album à boucler pour paraître en juin. Le mix enfin terminé en nocturnes au bout de vibrations partagées entre Los Angeles et Vieux Continent , Marcus Miller aborde maintenant sa tournée sur un rythme de croisière soul funk. Et définitivement fun. Avec halte à Biarritz spot de surf trans(e)atlantique

À la clarinette basse Marcus Miller achève une phrase d’introduction de Preacher’s Kid dédié à son père récemment disparu. Venu de la rangée droite au premier rang, un grand gaillard monte alors sur la scène, se dirige droit vers lui. Sur le côté, surpris, deux roadies s’avancent. Trop tard. L’intrus étreint Marcus qui n’a pas bougé. Puis s’avance au micro pour clamer un texte de condoléances. Tout le monde, ébahi, interloqué, a juste pu retenir son souffle.

Marcus Miller (elb, voc), Alex Han (as), Russel Gunn (tp), Bret Williams (elp, cla), Alex Bailey (dm)

Gare du Midi,  Biarritz, 10 avril

Marcus Miller n’aura pas touché sa basse sur ce thème consacré à son père. Comme à chaque concert depuis le début de cette tournée il a pris soin d’expliquer longuement tout ce qu’il doit à son géniteur à qui, par ce morceau composé à l’occasion de son album précédent, il rend un hommage appuyé « Il aurait rêvé sans doute de devenir musicien professionnel comme mon oncle Wynton Kelly, pianiste auprès de Miles ou Wes Montgomery. Mais pour pouvoir nous élever mon frère et moi, pour assurer une vie correcte à ma mère et toute la famille, mon père a choisi de bosser comme conducteur de métro à New York… » Pracher’s kid se conclue dès lors sur le souffle rauque de la clarinette basse égrenant un chapelet de notes couleurs blues « Pour cette raison j’ai choisi de reprendre dans « Laid Black » mon prochain album à venir chez Blue note le premier juin prochain, dans un arrangement différent, cette composition figurant déjà dans « Afrodeezia ». Mon père mérite bien cet égard » Surprise: ce soir à Biarritz le bassiste délaisse encore un instant son instrumentent fétiche pour démarrer son morceau sans doute le plus (re)connu, Tutu, au son syncopé de sa clarinette basse, soutenu par un jeu de cymbale marqué d’Alex Bailey. Il ne reprendra la basse électrique que plus tard, lorsque l’assise rythmique du thème écrit pour Miles lui parut assuré « Je peux essayer ce genre de truc en France assez facilement. Comme sur des tempos qui s’y prêtent demander au public de participer en frappant dans les mains ou même chanter un gimimck. Ici les gens ont le sens du rythme. En Allemagne ou au Japon, impossible !… » Leader, soliste plus qu’à son tour jusqu’à se lancer, se livrer totalement dans de longs chorus de basse, Marcus Miller paraît comme libéré au regard de concerts précédents « L’explication est simple. Jusqu’à il y a deux trois jours j’avais le poids du mixage de « Laid Black » à terminer d’urgence. Une dead line fixée au week end dernier ! L’ingénieur du son lui se trouvait à Los Angeles avec tout le contenu à fixer, à traiter directement avec moi. Or avec le décalage plus bien sur, les concerts à assurer, nos points de rencontre ne pouvaient se trouver que dans la nuit. Résultat, deux à trois heures de sommeil par jour durant trois semaines…De quoi monter sur scène plutôt tendu »

Alex Han (as), Bret Williams (cla), Russel Gunn (tp)

Libéré sur les planches donc le bassiste et chef d’orchestre au fameux chapeau.. Et toujours soucieux de faire jouer au plus haut ses jeunes musiciens. Dans le corps de l’orchestre en son entier ou au sein de formules de trio voire duo. Russel Gunn se livre ainsi sans retenue sur un passage pas si sage, virevoltage haut perché dans les aiguës pour Detroit. A l’habitude au plus dense de Hy Life, thème phare d’ »Afrodeezia« , Alex Han fait bouillir son alto façon heavy metal. Alex Bailey lui lance sa batterie en solo sur la base des ruptures savantes de Papa was a rolling stone. Pourtant, chaque fois et pour chacun d’entr’eux, il faut voir Marcus Miller les appuyer, les soutenir, venir au plus près comme dans un corps à corps instrumental initiatique les mettre sur orbite dans leurs échappées belles respectives. Et croyez-)moi, être ainsi boosté direct sous l’infernal sens du rythme du boss requiert déjà un sacré savoir faire de bas(s)e ! 

Alex Bailey, Marcus Miller

Deux thèmes de l’album à venir (certes un peu plus tard que prévu initialement) ont été mis à l’épreuve du public dans la salle très confort de la Gare du Midi – expérimentation un peu la règle, soit dit en passant, lors de la présente tournée-  Trip Trap représente « une pure expérience de funk » selon son auteur. Ce qui s’énonce si clairement se vérifie aisément à l’imbrication façon noeud gordien basse-batterie. Sublimity,,également: ce long thème explore différentes séquences, occasion d’autant de palettes de couleurs contrastées. L’une s’appuyant sur une walking bass offre des unissons sax/trompette que l’on dirait revenus en écho de la planète Jazz Messengers. Immédiatement suivie d’une plage de groove pur, gros son d’orgue –Bret Williams paraît aussi à l’aise dans cet exercice qu’au piano- ronflant sur caisses et basse qui roulent de concert.

Bret Williams

Au final on apprenait que l’inconnu monté sur scène sans plus d’explication était une connaissance sénégalaise du bassiste, poète à ses heures rencontré lors d’un concert à Dakar…

A Biarritz, ville de vagues et rouleaux roulants fort de l’Atlantique Marcus Miller, en décompression, avait visiblement décidé de laisser surfer sa musique sur des notes justes gorgées de soul.

Robert Latxague

Brève de jazz

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org/Palmares-2018?fbclid=IwAR1s_arpeLwzxN4SuB17HqBMNo0P180AwPR5b_ocHlgMG_gXtWm4Q20mgM4

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

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20181201 - N° 712 - 116 pages

Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteignait à New York. Quelques mois plus tôt, le jazzman le plus populaire de...