ERUPTIONS SOLAIRES A JAZZ A LA VILLETTE : MEGAOCTET ET SACRE DU TYMPAN

10 Sep 2018 #Le Jazz Live

Le Sacre du Tympan

Photographie de Sylvain Gripoix

 

Ce samedi 8 septembre après-midi, le soleil qui baignait le Parc de la Villette pénétra dans la Salle des concerts de la Cité de la Musique, prit possession de la scène, jeta sur la salle des rafales de vent brûlant, conséquence de deux éruptions, celle du Sacre du Tympan venant immédiatement après le MegaOctet d’Andy Emler. Ce fut un bombardement d’énergie sans dommages pour l’auditoire qui acclama la double canonnade.

Le MegaOctet donnait un avant-goût de son disque à venir intitulé A Moment For…. Andy Emler en présenta l’enjeu qui consiste à prendre le temps de la réflexion pour contrer, sans doute avant qu’il ne soit trop tard, nos jours actuels marchant à reculons. Et ce n’était pas une formule que l’on lance pour faire sensation.

Cela allait ressembler, dans une certaine mesure, à un pétillant hourvari d’assemblée générale où les idées fusent en solo (Laurent Dehors et ses puissantes clameurs, les propositions orientales de Claude Tchamitchian), en duo (les percutantes conversations d’Éric Échampard et de François Verly), puis en commun, volant au secours d’une révolution provisoirement musicale. On assistait à un rassemblement de forces, de grondements joyeux et indignés qui mettent le jazz en ordre de bataille dans le sillage de ses sources rebelles.

Photographie de Sylvain Gripoix

Fred Pallem déployait à sa façon une armada de cordes, de cuivres et d’effets synthétiques dans un nouveau format, avec de nouveaux mutins pour nous conter L’Odyssée, titre de son prochain album. Le propos consistait à peindre, sur fond d’images cinétiques, fantomales parfois (« belles comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » aurait dit Lautréamont), des climats d’épouvante sortis de l’univers métamorphique de György Ligeti, du langage musical vaudou ou, plus simplement, d’une salle de cinéma quand elles étaient de quartier.

Car Fred Pallem est de ceux qui produisent des images pour les oreilles, développant de petits scénarios qu’il nous appartient de filmer dans nos têtes. La pièce qui donne son nom à l’album, fortement colorée par la présence de Thomas de Pourquery à la barbe toujours plus assyrienne, était à elle seule un péplum. Sur Hemophilus Aphrophilus, le freak Théo Ceccaldi élevant son violon toujours plus haut, atteignait des sommets vertigineux avec une passion du risque quasiment hendrixienne.

Photographie de Sylvain Gripoix

Le Sacre du Tympan, désormais augmenté d’un quatuor à cordes, faisait groover la salle avec ses accents de soul ou de solutions sonores trempées dans le souvenir de François de Roubaix et de Jean-Claude Vannier. Surtout, il aimantait l’attention à coups de symphonies épiques et chamanes, pigmentées par les saxophones déchirants de Rémi Sciuto et de Christine Roch, le trombone envoûtant de Robinson Khoury, la guitare inventive de Guillaume Magne, les claviers planants de Sébatien Palis et cette basse vive comme la poudre dont Fred Pallem est le maître pyrotechnique. Magnifiant, selon son style, la culture soundtrack de Lalo Schifrin et de Bernard Hermann, il est parvenu à créer une musique en relief, une sorte d’IMAX 3D qui permet de voyager dans toutes les directions du temps. Exemple, il termine son programme par une relecture du thème axial de Bernard Hermann pour la BO de Taxi Driver. D’une croisière dans les années 1970, il fait une odyssée anticipatrice et mémorielle. Jazz à la Villette a permis ce miracle : aller à la rencontre de l’Homère du futur.

Guy Darol

Les illustrations sont de Sylvain Gripoix

Brève de jazz

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

Un Marquis au Duc

Alors qu'on est encore sous le choc de la disparition précoce de Roy Hargrove, c'est l'un des trompettistes les plus en vue de la jeune génération qui se produira les 5 et 6 novembre au Duc des Lombards, en la personne de Marquis Hill. Pour la présentation de son nouvel album « Modern Flows II », le Chicagoan sera entouré d'un quintette de grande classe où l'on retrouvera notamment Logan Richardson au saxophone, ainsi que la nouvelle valeur montante du vibraphone, Joel Ross.

Jazz Partage au Théâtre de Sartrouville

Le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – Centre dramatique national, dirigé par le metteur en scène Sylvain Maurice, propose tout au long de cette saison 18/19 une formule originale de « fil rouge jazz », intitulée JAZZ PARTAGE. - Vendredi 23 novembre à 20h30 Autour du piano et du saxophone, de la Nouvelle-Orléans aux Balkans JAZZ BEFORE JAZZ Lionel Martin (saxophone), Mario Stantchev (piano) DUO JULIEN LOURAU & BOJAN Z Julien Lourau (saxophone), Bojan Zulfikarpazic (piano et fender rhodes)

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20181101 - N° 711 - 108 pages

On ne compte plus les chansons de la regrettée Aretha Franklin passées à la postérité. Mais l’incroyable épopée musicale de...