Guy Le Querrec, Conteur d’images

30 Jul 2018 #Bonus

Sur le chemin du retour d’un séjour breton, Franck Bergerot s’est arrêté à Rennes pour visiter la grande exposition consacrée aux photographies bretonnes de Guy Le Querrec par le Musée de Bretagne aux Champs Libres.

Le 28 mai 2014, sur jazzmagazine.com, je rendais compte du concert photographique Regards de Breizh créé à l’Estran de Guidel par Christophe Rocher et son orchestre Nautilis autour des photos bretonnes de Guy Le Querrec montées par Jean-Alain Kerdraon. Le 16 octobre 2016, je consacrais encore une page de notre site à l’inauguration à la galerie l’Imagerie de Lannion de l’un des trois volets (les deux autres étant répartis à Brest et Lorient) de la grande exposition Guy Le Querrec en Bretagne, sous-titrée Sonneur d’images. Les Champs libres de Rennes ont offert le 19 mai un formidable espace, selon une belle scénographie, à ce qui fait tout à la fois somme et synthèse de ce fonds breton, admirablement décliné.

La Bretagne, qu’en a-t-on à faire dans Jazz Magazine en plein été des festivals, alors que Jazz In Marciac bat son plein ? On verra, au festival de Malguénac, qu’elle a des choses à nous dire, le 16 août avec Charkha et le 17 avec le Jacky Molard Quartet. Mais là n’est pas le sujet. Guy Le Querrec, de l’agence Magnum, fut l’un des plus avisés chasseurs d’images de la scène jazz à partir des années 1960. Travaillant en osmose avec ses musiciens, partageant leur sens de l’initiative, de l’instantané et de l’interaction, il appliqua cet art à tout ce qu’il photographia, notamment la Bretagne d’où il est originaire et dont il fut un observateur tendre, amusé, perspicace et malicieux, du glissement d’un pays de terroir et de tradition vers le monde moderne globalisé, et des collisions tragi-comiques, néanmoins politiques, entre ces deux entités, la seconde ne se substituant pas totalement à la première mais s’y superposant, les deux se réfléchissant l’une dans l’autre.

On pourrait commencer la visite par la coursive, avec les photos qui nous sont parmi les plus connues, et qui n’ont rien à voir avec la Bretagne, celles de la grande marche de commémoration en 1990 du centenaire du massacre des Sioux Dakota emmenés par Big Foot, dans leur campement de Wounded Knee. Puis on descendra le grand escalier de la bibliothèque où, d’étage en étage, différentes thématiques nous permettent une révision les différents théâtres d’opération de Guy Le Querrec : notamment l’Afrique et le jazz.

Pause café en plein air sur la terrasse de la Cafétéria face à quelques grands tirages “bretons” et l’on se rend au Musée de la Bretagne où se tient l’exposition elle-même, Conteur d’images, dans une scénographie conçue par Eric Morlin qui tient compte des jeux de hasards et de correspondance chers au photographe, parmi les grands formats réalisés par un as du tirage, Sten Lena. Ici et là, on s’arrête ici pour écouter au casque la voix de Le Querrec commentant l’une de ses images, là pour la projection en continu d’un très pertinent documentaire, et je tombe sur le photographe en personne – pas tout à fait par hasard – en train de commenter la célèbre photo des personnages réfugiés sur une haie renversés pour assister, sans se mouiller les pieds, à une course de chevaux sur la plage, parmi lesquels son interlocutrice a reconnu son père et son grand-père, propriétaires de chevaux.

On vient ainsi pour l’amour de la photo ou se revoir, revoir ses semblables – « Cette mariée, mais c’est tout moi ! », m’avait soufflé une amie agrégée de lettres qui s’était mariée dans ce monde en transition –, et l’on ressort édifié par cette pertinence d’un regard qui a su voir ce qu’on n’avait pas vu, vu sans le remarquer, remarqué sans comprendre ni savoir formuler le trouble qu’il en avait résulté.

En sortant, face à l’entrée de l’exposition, on ne manquera pas un autre espace proposant un Dialogue entre les archives du Musée de Bretagne et trois photos de Guy Le Querrec, où des étudiants de l’Université Rennes 2 ont cherché à dégager correspondances et constantes dans le geste et le regard photographique. Une occasion de découvrir de très beaux clichés dont j’ai retenu notamment – disponibles en cartes postales à la librairie du musée – une admirable course d’enfants dans une prairie, sabots à la main, saisie par Paul Géniaux entre 1902 et 1905, ainsi que la photo anonyme d’un jeu de saute-mouton d’hommes en costume sur la plage, vers 1890, dignes des personnages et du regard de Jacques-Henri Lartigue.

À la librairie, on trouvera réédité le magnifique Guy Le Querrec en Bretagne (364 pages – 22,5 x 25,5cm – Editions de Juillet) et le malicieux Ricochet (64 pages – 20x24cm + un jeu des des 7 familles et sa boîte prédécoupée – Editions Autonomes) où en collaboration avec Nathalie Bihan et Emmanuelle Hascoët, le photographe fait “ricocher” sur les photos de son œuvre professionnelle, les clichés de ses débuts photographiques et ceux des archives familiales qu’il aimait reclasser chronologiquement dans ses albums, concevant ainsi une passion pour l’archivage et l’exactitude documentaire qui est au cœur de cet art dont il dit : « Dans la photographie, il y a à voir et à ranger. » • Franck Bergerot

Jusqu’au 26 août, du mardi au vendredi de 13h à 19h, samedi et dimanche de 14h à 19h, fermé le lundi et jours fériés. Les Champs libres, 10 cours des Alliés, Rennes. Entrée: 6 € et 4 €. Gratuit pour les moins de 18 ans et le premier dimanche d’août.

Brève de jazz

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

Un Marquis au Duc

Alors qu'on est encore sous le choc de la disparition précoce de Roy Hargrove, c'est l'un des trompettistes les plus en vue de la jeune génération qui se produira les 5 et 6 novembre au Duc des Lombards, en la personne de Marquis Hill. Pour la présentation de son nouvel album « Modern Flows II », le Chicagoan sera entouré d'un quintette de grande classe où l'on retrouvera notamment Logan Richardson au saxophone, ainsi que la nouvelle valeur montante du vibraphone, Joel Ross.

EN KIOSQUE

20181201 - N° 712 - 116 pages

Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteignait à New York. Quelques mois plus tôt, le jazzman le plus populaire de...