JAZZ SUR LE VIF : DANIEL HUMAIR, 80 PRINTEMPS

10 Jun 2018 #Concerts

Avec dix-sept jours de retard, mais fort heureusement le jour même de l'anniversaire de sa femme Lucile, Jazz sur le Vif célébrait les 80 printemps du plus français des batteurs suisses.

En 2008, j’avais eu le plaisir d’accueillir Daniel Humair pour un concert Jazz sur le Vif’, huit jours après ses 70 ans, avec un trio en nom collectif dont il avait l’initiative (‘Tryptic’, avec François Couturier et Jean-Paul Celea). Et l’histoire bégayant toujours un peu, j’avais diffusé ce concert sur France Musique…. le jour de l’anniversaire de Lucile, le 9 juin.

Pour fêter dignement un décennie supplémentaire, Arnaud Merlin a eu la belle idée d’inviter Daniel en quartette, précédé d’un duo de deux jeunes musiciens qui jouent régulièrement avec lui. Comme toujours, Daniel Humair est un passeur, au carrefour des générations.

ÉMILE PARISIEN & VINCENT PEIRANI DUO

Émile Parisien (saxophone soprano), Vincent Peirani (accordéon)

Paris, Maison de la Radio, Studio 104, 9 juin 2018, 20h

Le duo nous a offert quelques thèmes de son CD «Belle Époque», inspiré par la musique de Sidney Bechet. On n’est évidemment pas dans le revivalisme nostalgique, mais plutôt dans un vibrant hommage à cette expressivité exacerbée qui prévalait chez Bechet, et chez d’autre musiciens de son temps. En écoutant Émile Parisien dans Egyptian Fantasy, je me suis senti retomber en enfance, quand à peine âgé de dix ans, je goûtais dans des émois presque déraisonnables les disques de Bechet qui berçaient les surprises-parties de mes frères et sœurs (j’étais le dernier d’une très nombreuse fratrie). Le jeune saxophoniste a cette qualité de pousser l’expression jusqu’au paroxysme, sans jamais offrir l’image d’un effet caricatural, mais au contraire en exposant tout un monde d’absolue sincérité et de pure musicalité. Et sa gestuelle généreuse, hyperbolique même, n’est que l’exacte expression de la charge émotionnelle qui doit prévaloir dans l’instant. À ses côtés Vincent Peirani s’investit avec le même maximalisme, mais sans négliger jamais l’art de la nuance (la boîte à frissons mérite bien son nom !). Ensuite Temptation Rag nous vaut un épisode free et quelques codas-surprises, avant une compo de l’accordéoniste, Trois Temps pour Michel P. , où Vincent Peirani nous entraîne dans un unisson voix-main droite plus que vertigineux. On revient au répertoire de Bechet, avec Song of the Medina où le saxophoniste dope encore son expressivité aux harmoniques, avant d’être rejoint par l’accordéon : c’est d’une intensité folle. Derrière moi un enthousiaste bruyant ponctue chaque solo d’un vibrant ‘Oh là là’, ce qui n’empêche pas sa voisine de laisser sonner son téléphone, malgré les multiples et humoristiques mises en garde de l’avant concert. Bref on peut forcer sur l’expression de l’enthousiasme sans vraiment respecter la musique et les musiciens. Décidément je préfère les émois discrets…. Après un rappel du même tonneau le duo cède la place, mais nous le reverrons bien vite.

DANIEL HUMAIR QUARTET

Fabrice Martinez (trompette, bugle), Marc Ducret (guitare), Bruno Chevillon (contrebasse), Daniel Humair (batterie)

Paris, Maison de la Radio, Studio 104, 9 juin 2018, 21h30

Le groupe est conçu dans l’esprit même du jazz : de fortes individualités qui ont entre elles des connexions conniventes, un respect mutuel, et surtout un plaisir à jouer ensemble qui constitue le facteur déterminant. Le trompettiste a joué dans l’un des groupes du guitariste, lequel a enregistré avec le batteur, tandis que le bassiste participe de longtemps aux groupes de ses trois partenaires. Bref la cohésion s’impose d’entrée de jeu, comme une évidence. Le répertoire est celui de Daniel Humair, compositions personnelles ou partagées, voire thèmes empruntés à des musicien(ne)s qu’il admire. L’univers est celui dans lequel il se délecte : une sorte de dramaturgie segmentée, pleine de rebonds, de chausse-trappes et d’envolées frénétiques sur un tempo qui ne l’est pas moins. Quel meilleur exemple que cette composition de Jane Ira Bloom, A Unicorn in Captivity, que le batteur avait enregistrée avec la saxophoniste dans un disque du vibraphoniste David Friedman voici plus de trente ans. Après une impro du guitariste qui résonne comme un manifeste du jazz de déjà demain, le batteur nous gratifie d’un solo où la frappe sèche s’associe à des timbres ronds, dans une envolée qui n’oublie pas de nous raconter une histoire. Dans Jim Dine, hommage à un plasticien que le peintre-batteur admire particulièrement, un étonnant dialogue se noue entre guitare et trompette, sur une très foisonnante pulsation du tandem basse-batterie. Dans le thème suivant, Give Me The Eleven, lancinante tournerie à 11 temps, Daniel Humair et Bruno Chevillon vont nous offrir un duo d’anthologie. Pour Genevamalgame, évocation très personnelle de la ville suisse qui a vu naître le batteur, de part et d’autre de la scène, Marc Ducret à jardin, et Fabrice Martinez (cette fois au bugle) à cour, sont comme deux danseurs sur un thème envoûtant, offrant chacun une impro mémorable avant un solo de batterie tellurique. Vient ensuite Ira, musique composée par Daniel Humair pour un film sur l’Armée républicaine irlandaise : la batterie rappelle autant l’histoire militaire de ses origines que les explosions révolutionnaires. Et pour conclure les duettistes de la première partie de concert rejoignent le quartette sur un thème traditionnel tunisien, avant d’être rappelés pour l’emblématique From Time To Time Free, souvenir fécond de l’aventure du batteur avec Joachim Kühn et Jean-François Jenny-Clark. Belle conclusion d’une soirée intensément musicale, qui voit surgir sur scène, et sous les applaudissements, le gâteau d’anniversaire surmonté d’une batterie miniature. Merci aux musiciens, à Jazz sur le Vif, à Arnaud Merlin et à toute son équipe pour cette soirée dont on se souviendra longtemps, jusqu’aux 90 ans pour lesquels Daniel nous a déjà donné rendez-vous !

Xavier Prévost

Le seconde partie du concert, celle du quartette, sera diffusée sur France Musique dans le Jazz Club d’Yvan Amar le samedi 23 juin à 19h. Et pour la diffusion cet été sur France Musique de tous les concerts Jazz sur le Vif de la saison écoulée, des infos détaillées très prochainement dans ces colonnes.

Brève de jazz

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

Un Marquis au Duc

Alors qu'on est encore sous le choc de la disparition précoce de Roy Hargrove, c'est l'un des trompettistes les plus en vue de la jeune génération qui se produira les 5 et 6 novembre au Duc des Lombards, en la personne de Marquis Hill. Pour la présentation de son nouvel album « Modern Flows II », le Chicagoan sera entouré d'un quintette de grande classe où l'on retrouvera notamment Logan Richardson au saxophone, ainsi que la nouvelle valeur montante du vibraphone, Joel Ross.

Jazz Partage au Théâtre de Sartrouville

Le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – Centre dramatique national, dirigé par le metteur en scène Sylvain Maurice, propose tout au long de cette saison 18/19 une formule originale de « fil rouge jazz », intitulée JAZZ PARTAGE. - Vendredi 23 novembre à 20h30 Autour du piano et du saxophone, de la Nouvelle-Orléans aux Balkans JAZZ BEFORE JAZZ Lionel Martin (saxophone), Mario Stantchev (piano) DUO JULIEN LOURAU & BOJAN Z Julien Lourau (saxophone), Bojan Zulfikarpazic (piano et fender rhodes)

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20181101 - N° 711 - 108 pages

On ne compte plus les chansons de la regrettée Aretha Franklin passées à la postérité. Mais l’incroyable épopée musicale de...