Les couleurs de Gauthier Toux

07 Jun 2018 #

J’avais découvert le trio de Gauthier Toux ici même au Duc des Lombards, en 2016 pour la sortie de son brillant premier disque Unexpected things. Ce soir, deux ans plus tard, il fêtait son deuxième opus, The colours you see.

Gauthier Toux (p) kenneth Dahl Knudsen (b), Maxence Sibille (dm), Duc des Lombards, lundi 28 mai 2018

Ce que j’apprécie dans ce trio, c’est son art de construire des atmosphères et de les faire évoluer insensiblement. Le trio excelle dans les ambiances suspendues, faussement immobiles, où l’on on sent que quelque chose va arriver, mais l’on ne sait pas si ce sera un événement heureux ou malheureux, et on entend quelque chose gratter puis cogner à la porte, et tout à coup ça bascule vers l’orage, le chaos, ou au contraire une extase vertigineuse. Les morceaux passent ainsi du minimal au grandiose, on a l’impression parfois de voir la musique monter comme le jet d’eau d’une fontaine.

 

Dans ce trio, Gauthier Toux s’est entouré de très fortes personnalités, capables de le contredire, de le bousculer, de le pousser dans ses retranchements. Le batteur, Maxence Sibille joue avec un bâton de dynamite entre les dents. Le contrebassiste Kenneth Dahl Knudsen a une présence très forte (à plusieurs moments du concert j’ai eu l’impression qu’il se servait de sa basse pour propulser des bourrasques) mais capable aussi d’un chant très pur, comme dans Eternal, où son solo prend la forme d’une sorte de folk-song, et c’est  un moment parfait.

Quant au pianiste, Gauthier Toux, il possède un jeu intérieur d’une rare délicatesse (que l’on peut retrouver de manière éclatante sur le disque en particulier sur Spectre ou Black and White, mes morceaux préférés). Ce soir, certains moments, notamment à la fin du concert, Gauthier Toux a des rubatos si sensibles, si sentis, que l’on dirait qu’il laisse échapper ses notes à regret.

 

Le disque s’appelle donc « The colours you see » et toutes les compositions ont trait à un univers visuel qui lui échappe en partie puisqu’il est daltonien. Mais le concert de ce soir montre que les couleurs qu’il n’a pas dans les yeux, ou plutôt dans le cerveau, il les a incontestablement sous les doigts.

texte: JF Mondot

Dessins: AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com, pour acheter un des dessins figurant sur le blog, s’adresser à l’artiste: annie_claire@hotmail.com)

Brève de jazz

BON ANNIVERSAIRE MARTIAL !!!

MARTIAL SOLAL, notre héros du piano syncopimprovisé fête aujourd'hui ses 91 ans. Le 26 septembre il jouera à Vienne, en Autriche, au Porgy and Bess ; et en décembre il jouera à Münich. Les organisateurs autrichiens et allemands ont conservé leurs oreilles ouvertes aux disques de ces derniers mois : «Masters in Bordeaux», avec Dave Liebman, et le fantastique solo de Gütersloh en novembre dernier «My One And Only Love, Live at Theater Gütersloh, European Jazz Legends #15» (sans parler des formidables inédits de Los Angeles 1966 !). Amis programmateurs de l'hexagone, seriez-vous frileux ? Xavier Prévost https://www.porgy.at/en/events/8968/

Dayna Stephens

Son nom vous ne vous dit peut-être rien, mais quand vous saurez qu’il a enregistré aux côté de John Scofield, Kenny Barron, Brad Mehldau, Julian Lage, Ambrose Akinmusire ou Gerald Clayton, vous comprendrez que, match ou pas match, on ne saurait manquer, ce soir 11 juillet, l’unique date en France de ce géant tranquille du ténor, dont le jeu atteint à l’approche de la quarantaine une impressionnante maturité.

Mathis Pascaud – Concours national de jazz de La Défense

C’est le guitariste Mathis Pascaud qui a remporté le prix de groupe de la Défense à la tête de son quartette Square One. Le saxophoniste Lucas Saint-Cricq qui remplaçait pour l’occasion Christophe Panzani s’est vu décerner le prix d’instrumentiste.

EN KIOSQUE

20180901 - N° 709 - 100 pages

L’histoire jamais racontée d’un concert légendaire donné à l’Olympia en 1971, une tournée vécue de l’intérieur en 1967 par le...