Quand Yaron Herman s’improvise pianiste jazz pour le Geneva Camarata

11 Feb 2018 #

Un orchestre classique primé, un chef audacieux et deux électrons (presque) libres : la rencontre de Yaron Herman et Ziv Ravitz toujours très complices avec le Geneva Camarata et ses quarante musiciens sous la direction de David Greilsammer a offert, organisé par la Scène Nationale du Sud Aquitain à Anglet une musique de contrastes à un public de la Côte Basque plutôt féru de classique.

Au bout d’une introduction bourrée d’un swing simple Ziv Ravitz quitte son set de batterie immergé au sein du grand orchestre. Plus haut sur son estrade, le percussionniste titulaire de l’orchestre suisse enchaine sur un lourd roulement de tambour. Caché derrière le rideau le batteur invité aux côtés de Yaron Herman mime illico une danse joyeuse qu’i a lui même initiée.

Le Geneva Camerata, direction David Greilsammer + invités: Yaron Herman (p), Ziv Ravitz (dm)

Théâtre Quintaou, Anglet, (64600), 10 février

Il faut écouter attentivement, il faut aimer passer de Lully (Bourrée du mariage forcé) à Rameau (Contredanse en rondeau des Boréales) via Purcell ( Prélude to the fair Queen) et Charles Ives (The unanswererd question). Il faut traverser ces parties écrites serrées et arrangées au travers de subtiles passerelles pour l’instrumentation étoffée de l’orchestre de Genève déjà pourvu de maintes distinctions (Révélation des Victoires de la Musique, étoiles du New York Times) Il convient  certes d’avoir la patience pour qui aime le jazz, d’attendre le déclenchement de séquences improvisées. Alors, Yaron Herman pose sa patte, lance la machine ès impro et va au bout de sa manière, de sa volonté poussé par le swing servi nature de Ziv Ravitz qui en redemande question expression directe (solo très inspiré en caisses et cymbales mis en roulement sur Rameau Secret’s cavern) Le son d’ensemble s’en trouve modifié, rafraichi d’une sorte de simplicité. Et les compositions  des maîtres se métamorphosent dès lors en pièces recomposées, Lully’s diabolic swing, Rameau and the flying Big Band, ou encore Ives asks the moon. Sans compter un Russels Danced withe planets gorgé de relief rytrhmique. Mais bien sur le savoir faire du pianiste peut aussi s’intégrer, se fondre dans l’architecture musicale du grand orchestre et pointer autant de moments de brio dans les mouvements (sic) Alegramente, Adagio assai, Presto du Concerto pour piano en sol de Ravel. A l’égal du travail de David Greilsammer lorsqu’il quitte la baguette pour prendre le tabouret vacant laissé par Yaron Herman et poser à son tour une évidente empreinte de qualité au piano. La musique ainsi jouée en mode pluriel ne donne pas dans la facilité. Elle croise les genres (classique, baroque-superbe passage solo de vielle sur Le badinage de Marin Marais  contemporain, jazz…) elle mêle les époques, elle cherche à faire assaut de nuances (mix équilibré de cordes, vents, percussions)  Elle entend  dans ce programme  intitulé Classical & Jazz Madness (1CD Sounds of Transformation, David Greilsammer /Yaron Herman, Geneva Camerata)  inviter au voyage dans le temps, les compositeurs,  donc leur lot d’écriture et  répertoire. Constat: le jazz pour autant ne s’y taille pas une part majeure. Mais comme le dit Yaron Herman franco de port « Avec Ziv Ravitz, et pour répondre à la demande du chef  d’orchestre, on essaie d’apporter notre part de savoir faire, notre esprit en matière d’improvisation…car nous ne sommes, il ne faut pas l’oublier, que des invités de l’orchestre » Et lorsqu’en guise de final ce mêm orchestre en son entier se mue en groupe de Gospel sur une drôle de version chorale et quasi symphonique de Swing low sweet chariot, Yaron Herman, plutôt étonné, ne manque pas de sourire…

Robert Latxague

Brève de jazz

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