Benoît Delbecq & Mikko Innanen à l’Institut Finlandais

L’Institut Finlandais avait renoué en novembre dernier avec une programmation de jazz en accueillant, dans le cadre du festival ‘Jazzycolors’, le duo Verneri Pohjola – Sylvain Rifflet. Il a récidivé en ce début d’avril en programmant, dans la salle du Café Maa de l’Institut, rue des Écoles, un autre duo franco-finlandais

DUO BENOÎT DELBECQ – MIKKO INNANEN
Benoît Delbecq (piano, piano préparé), Mikko Innanen (saxophones alto & sopranino, flûte traditionnelle vietnamienne, duduk)
Paris, Institut Finlandais, 3 avril 2025, 20h

Benoît Delbecq avait écouté Mikko Innanen en 2012 alors que lui-même était en Finlande avec son trio, dans le cadre des tournées organisées par Charles Gil, qui voici bien des années a quitté Lyon pour s’établir en Finlande, où il a copieusement contribué aux tournées et échanges artistiques entre les musiciens scandinaves et la France. En 2023 Benoît Delbecq, en tournée finlandaise dans le groupe de Sarah Murcia, eut l’occasion de jouer en duo avec Mikko Innanen. Et la complicité artistique alors éprouvée a conduit à ces retrouvailles.
Le premier dialogue commence au sax alto : c’est au début un cheminement abstrait qui me rappelle ce qui se jouait entre Lennie Tristano, Lee Konitz et Warne Marsh dès 1949 ; comme un nouvel horizon. Ici aussi le jazz se libère du pré-requis formel : la forme se dévoile pas à pas, révélant à chaque étape son imparable cohérence. L’échange se poursuit avec le sax sopranino, en une sorte de mélancolie, laquelle est distendue, comme les intervalles mélodiques. Puis le saxophoniste se saisit d’une flûte vietnamienne, peuplée de sons graves et rugueux, qui seront la matière d’un nouveau dialogue avec le piano préparé. Revient ensuite le sax alto, pour une sorte de ballade avec une mélodie ‘façon standard’, mais délibérément déglinguée, comme un tremplin vers des escapades extra-tonales. Et là je pense au grand Thelonious…. Dans une composition de Benoît Delbecq, une basse obstinée va entraîner le piano vers des harmonies mystérieuses, sur lesquelles une mélodie du sax alto va franchir les intervalles en plein goût du risque. L’alto encore, pour une phrase d’apparence primesautière qui bifurque vers le sombre, puis un entrelacs de lignes jaillissantes. Sur Anamorphose, composition du pianiste, nous aurons une espèce de trilogue entre le piano ‘naturel’, le piano préparé, et le sax sopranino. Suivra sur le même instrument un thème du saxophoniste, comme une ballade mélancolique, avant un rappel où Mikko Innanen jouera du duduk arménien puis de la flûte vietnamienne. Ce concert fut décidément une aventure musicale très jouissive.
Xavier Prévost