Jazz live
Publié le 2 Avr 2025

Symphonies de cuivres au Consulat

Hier 1er avril au Consulat, sans blague, mais assez joyeusement, l’ensemble de cuivres Octotrip célébrait la sortie de son album “Atrahasis” (du nom du Noé de la mythologie méospotamienne), sur un répertoire signé Robinson Khoury, Pierre Tereygeol et… Johnn-Sébastian Bach.

Au 14 de l’avenue Parmentier, un ancien hangar à engin de travaux public ? Une usine désaffectée ? En fait, une sous-station électrique devenue Générateur d’énergies nouvelles : espace d’expositions, performances, concerts, ateliers d’artiste , conférences, restaurant & bar. Un vaste plateau assez informel avec en fond de scène de grands miroirs en panneaux qui multiplient les dimensions sous une hauteur de plafond de cathédrale. Et l’acoustique qui va avec. En première partie, en duo avec le violoncelliste Guillaume Latil, sur des chansons aux formats étonnamment ouverts, Pierre Tereygeol déploie technique guitaristique ici desservie dans sa lisibilité, et virtuosité vocale vertigineuse dont l’acoustique exagère l’emphase. On l’appréciera en d’autres lieux.

À l’inverse, l’Octotrip est servi par le lieu, ou tout du moins sait le mettre à son service. L’entrée des huit cuivres par les cursives au-dessus du public est d’emblée très spectaculaire, et révèle une esthétique “baroque” – avant de descendre sur la scène, ils enfoncent même le clou avec un arrangement d’une Partita pour violon de Jean-Sébastien Bach –, esthétique qui tout au long du concert se présentera comme chez elle dans ce lieu improbable, sauf peut-être en certains endroits du répertoire où la polyphonie se densifie et “s’accèlère” au risque, en ces lieux, de l’illisibilité. La qualité de l’expression instrumentale de chacun n’y est pas pour rien: Lucas Dessaint (tuba), Victor Auffray (Euphonium, Voix), Robinson Khoury (trombone, voix), Jules Boittin, Thibaut Ducheyron, Alexis Lahens, Charlie Maussion, Nicolas Vazquez (trombone). Ils sont rejoints sur scène par deux invitées associées à ce programme : Leila Martial (voix, et mignonettes, jazzo-flûte, accessoires) et Anissa Néhari (percussions à mains en batterie autour d’un cajon).

Leila Martial n’est elle-même guère embarrassée par l’acoustique et si le vocabulaire “baroque”des cuivres – qui n’est pas sans évoquer le néo-classicisme stravinskien – semble sonner sous la voute de quelque cathédrale post-moderne, la voix de la chanteuse paraît “appeler” sous la voûte d’une canopée peuplée d’oiseaux, de fauves et de chasseurs-cueilleurs, l’humour et la légèreté tenant tout kitsch à distance de ses enjolivures virtuoses vers l’aigu. Par ses “numéros”, ses “clowneries”, elle invite ses comparses sinon au circassien auquel se prête volontiers cette instrumentation fanfaronne, tout du moins au théâtral que concrétise la scénographie précise de cet authentique spectacle sur des compositions signées Robinson Khoury et Pierre Tereygeol, ce dernier prêtant, on le sait, volontiers à sa musique des tournures élisabéthaines.

Anecdote en guise d’épilogue comique, voire de mise en garde : quittant précipitamment les lieux avec le souci d’un retour en banlieue pas trop tardif, je me fraie difficilement un passage parmi un public debout et de chaises en pagaille, je me heurte au portail par lequel j’étais entré mais désormais fermé, j’aperçois une indication de sortie (en fait sortie de secours), franchis cette porte qui se referme derrière moi sans poignée pour espérer un éventuel retour en arrière et me retrouve dans le noir face à une double porte blindée évoquant moins les énergies nouvelles que quelque consulat soviétique. Rejoint par un autre spectateur qui laisse également la première porte se refermer derrière lui avant que je n’ai eu le temps de le mettre en garde, nous découvrons à tâtons la lourde barre métallique bloquant l’ouverture de la double-porte sur la rue et, tel Blake et Mortimer dans quelque piège diabolique, nous éclairant de nos téléphones portables, nous parvenons après quelques essais à la dégager. Heureusement qu’il n’y avait pas le feu. Franck Bergerot